64th Street — Cette pépite arcade quasiment oubliée

1991 : Les salles d’arcade bourdonnent. Final Fight cartonne, Streets of Rage débarque sur Megadrive, et le beat’em all est roi. C’est dans ce contexte ultra-compétitif que Jaleco lâche discrètement 64th Street : A Detective Story. Discrètement, trop discrètement. Parce que ce jeu méritait largement mieux que l’oubli dans lequel il est tombé.

Pas un clone, une identité

La première chose qu’on entend sur 64th Street, c’est « c’est un clone de Final Fight ». Et je comprends d’où ça vient — même époque, même genre, même structure. Mais c’est réducteur et franchement injuste. Jaleco n’a pas copié, Jaleco a proposé quelque chose de différent. L’ambiance d’abord : on est loin des rues néon de Metro City. Ici on évolue dans une atmosphère années 30-40, film noir, détective privé, costumes trois pièces et ruelles mal famées. C’est sombre, c’est stylisé, c’est cohérent du début à la fin.

Et puis il y a le duo. Rick et Allen, deux détectives aux gabarits et aux styles de combat bien distincts. Rick est le bourrin puissant, Allen est plus rapide et technique. Ce choix de personnage n’est pas cosmétique — il influe réellement sur la façon dont tu abordes les niveaux. C’est un détail qui compte, surtout pour un jeu de 1991.

Une mécanique ultra satisfaisante

Ce qui rend 64th Street vraiment spécial, c’est son système de combat. Jaleco a intégré une mécanique de projection qui change tout : tu attrapes un ennemi, et tu peux le balancer contre ses propres complices. La hitbox est généreuse, le timing est intuitif, et le résultat est jouissif à souhait. Voir trois adversaires s’effondrer en cascade après un lancer bien placé — c’est ce genre de moment qui te fait relancer une pièce sans hésiter.

Les animations sont solides pour l’époque, les ennemis ont une vraie variété, et les boss sont suffisamment corsés pour te demander un minimum de stratégie. On est loin du bouton unique martelé en boucle. 64th Street récompense ceux qui jouent intelligemment.

Une ambiance qui se démarque

C’est peut-être le point le plus sous-estimé du jeu. L’direction artistique de 64th Street est remarquable pour un arcade de 1991. Les décors racontent quelque chose — les entrepôts, les quais, les clubs mal éclairés. La palette graphique joue sur des tons sombres, ocre et brun, qui renforcent cette sensation de polar urbain. La musique suit parfaitement, avec des compositions qui évoquent les grandes heures du jazz et du blues américain.

Jaleco avait construit un univers. Pas juste un prétexte pour frapper des ennemis.

Pourquoi il a été oublié

La concurrence, tout simplement. En 1991, Final Fight dominait les esprits, et Streets of Rage allait bientôt devenir la référence console du genre. 64th Street n’avait pas le budget marketing pour exister à côté de ces mastodontes. Il est passé entre les mailles du filet — et c’est une vraie injustice.

Aujourd’hui, avec l’émulation et les compilations rétro, il n’y a plus d’excuse pour ne pas le découvrir. C’est exactement le genre de pépite cachée que le rétrogaming permet de réhabiliter. Alors faites-le.

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